Fulbert de Chartres
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Fulbert de Chartres, né en 960 et décédé le 10 avril 1028, était un écolâtre renommé. Auteur de poèmes liturgiques et épistolier, il fut nommé évêque de Chartres en 1006. Il n'est pas considéré comme saint par l'Église catholique, mais il a fait l'objet d'un culte, tardif, dans certains diocèses français où il est liturgiquement commémoré le 10 avril.
Contents
• Culte
• Hommages
• Notes
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Biographie
Il indique lui-même dans ses poèmes qu'il était issu d'un milieu très modestecite-ref-1[1]. Quant à son origine géographique, elle reste très débattue : certains ont pensé qu'il était natif de Rome ou au moins de l'Italiecite-ref-2[2] ; d'autres qu'il venait du Poitoucite-ref-3[Note 1] ; d'autres encore qu'il était originaire du comté de Roucy en Picardiecite-ref-4[3].
Autrefois considéré (à tort) comme un élève de Gerbert d'Aurillaccite-ref-5[4], on trouve sa trace à Chartres comme chanoine et écolâtre à partir de 1004. Son enseignement y gagne une grande notoriété et préfigure les futures écoles de la ville, bien que Fulbert ne puisse être directement lié à la renaissance du XIIe siècle. On n'y apprend pas seulement la théologie, mais encore la géométrie, la médecine, la philosophie.
Nombreux et fidèles seront ses disciples. Parmi ceux-ci, on connaît notamment : Bernard, écolâtre d'Angers, Bérenger de Tours, Adelman de Liège, Hildegaire, Sigoncite-ref-6[5]. Fulbert est aussi réputé comme conseiller des rois et des princes, notamment par sa proximité avec le roi Robert II le Pieux ou avec le duc Guillaume V d'Aquitaine.
Le roi de France Robert II le Pieux le fait nommer évêque de Chartres en 1006. Il est sacré fin octobre ou début novembre par Liéry, archevêque de Sens. Il sera un évêque consciencieux et intègre, soucieux de l'indépendance de l'Église, mais aussi de paix et de concorde dans le respect des personnes. C'est ainsi qu'il cherche à réconcilier le comte Eudes II de Blois avec le roi de France.
Il utilise le droit féodal qui est très respecté dans le nord du royaume tandis que les territoires du sud le pratiquent moins et l'oublient. À ce titre, le duc Guillaume V d'Aquitaine le consulte par une lettre pour lui demander quelles sont les obligations qu'a le vassal envers son seigneur, son vassal Hugues IV de Lusignan ne souhaitant pas lui obéir. Fulbert de Chartes lui répond dans une célèbre lettre que la fidélité se résume en six mots : « salut, sécurité, honneur, intérêt, facilité et liberté d'action cite-ref-7[6]. » et que « De son côté, le seigneur doit dans tout cela agir de même à l'égard de son fidèle. ».
Le 8 septembre 1020, la cathédrale de Chartres disparaît dans les flammes, seule subsiste la crypte. Fulbert se démène pour financer la construction d'une nouvelle basilique.
Œuvre conservée
On conserve de Fulbert de Chartres cent treize lettres (cent trente-huit lettres pour l'ensemble de la Correspondance), neuf sermons, plus trois textes de polémique contre les Juifs (comptés autrefois comme un seul Traité contre les Juifs) et une trentaine de poèmes et textes liturgiques. Les deux premières éditions imprimées des œuvres de Fulbert ont été données par Jean Papire Masson (Paris, 1585) et Charles Devilliers (Paris, 1608).
• Patrologia Latina, vol. 141, col. 163-373.
• behrends1976frederick-behrends1976(en) Frederick Behrends (éd., trad.), The Letters and Poems of Fulbert of Chartres, Oxford, Clarendon Press, 1976
• cl-ment2006juliette-cl-ment2006Juliette Clément (coord.), Fulbert de Chartres. Œuvres, correspondance, controverse, poésie (texte latin et traduction française), Société archéologique d'Eure-et-Loir, 2006.
Les lettres de Fulbert sont en grande partie adressées à d'autres évêques de son époque (notamment treize lettres adressées à l'archevêque de Sens Liéry, métropolitain de la province dont dépendait Chartres ; une adressée au pape Jean XIX ; une adressée à Bonipert, premier évêque de Pécs en Hongrie). Il écrit aussi à des abbés de monastère, notamment Odilon de Cluny (quatre lettres).
Parmi ses destinataires laïcs, on relève notamment le roi Robert II le Pieux (quinze lettres), le duc Guillaume V d'Aquitaine (cinq lettres), mais aussi une lettre au duc Richard II de Normandie et une autre au roi Knut le Grand (roi de Danemark et d'Angleterre).
Il y a aussi sa correspondance avec Hildegaire, son disciple le plus proche (à qui il adresse sept lettres, et douze lettres d'Hildegaire, dont six à Fulbert, sont rangées dans le même corpus de lettres).
Culte
Il faut distinguer la renommée de Fulbert, parfois qualifié de saint homme à partir du XIIe siècle, de son culte liturgique, extrêmement tardif. Fulbert n'a jamais fait l'objet d'un procès de canonisation par l'Église catholique romainecite-ref-8[7].
• À la fin du XIe siècle, il n'est pas encore qualifié de saint dans les documents qui citent ses écrits dévotionnelscite-ref-9[8] ;
• Il est absent du calendrier parisien à la fin du Moyen-Âge (Perdrizet) ;
• À partir du XVIIIe siècle, dans le contexte du gallicanisme qui cherchait à fonder l’Église de France sur des modèles de sainteté locale, il a fait l'objet d'un culte dans certains diocèses français qui s'est prolongé jusqu'à nos jourscite-ref-10[9]. Une statue ajoutée dans la cathédrale en mémoire de Fulbert bâtisseur n'est pas une preuve de cultecite-ref-11[10] ;
• En 1784, il est totalement absent de l'édition officielle du martyrologe de l’Église catholique promulgué par Benoît XIVcite-ref-12[11] ;
• En 1788, il n'est pas fait mention de Fulbert dans le processionnal et rituel du diocèse de Chartres. Il est absent des litanies qui y sont prescritescite-ref-13[12] ;
• En 1864, une chapelle lui est consacrée dans la crypte de la cathédrale de Chartrescite-ref-14[13] ; deux vitraux de Gabriel Loire le représentant y sont installés en 1928 ;
• En 1954, François Lorin réalise un vitrail intitulé « Vie de saint Fulbert », installé dans une ancienne baie murée du transept sud, côté est (baie n° 32)cite-ref-15[14]cite-ref-16[15] ;
• En 2004, son inscription pour la première fois au martyrologe romain équivaut à une reconnaissance de cultecite-ref-17[16] ;
• Actuellement, Fulbert est inscrit au calendrier des diocèses de l'Église de France (10 avril).
Hommages
• Une plaque commémorative du XVIIe siècle dans l'église Saint-Pierre de Chartres mentionne son inhumation dans cette église en 1028 (ainsi que celles de l'évêque de Chartres Ragenfroy en 955 et de l'évêque de Dol Clément de Vitré en 1244), Classé MH (1908)cite-ref-pm28000147-19-0[18] ;
• Une statue contemporaine en bronze de l'évêque Fulbert de Chartres exécutée par Bernard Damiano (1926-2000) se trouve sur la place de la cathédrale chartraine ;
• Fulbert de Chartres, chantre de l'an 1000, Anne-Marie Deschamps, ensemble Venance Fortunat, CD L'Empreinte Digitale 13155, 1989 ;
• En 1999, après avoir été construit à la fin du VIe siècle puis successivement détruit et reconstruit plusieurs fois, un lycée, situé dans la rue Saint-Chéron de Chartres, obtient enfin son nom actuel de Lycée Fulbert ;
• Une rue de Chartres porte son nom au sein du cloître Notre-Dame : elle relie la rue Percheronne à la rue du cloître Notre-Dame.
Notes et références
Notes
cite-note-3Note 1. ↑ À cause de ses liens avec Guillaume V d'Aquitaine, qui le nomma trésorier de l'église Saint-Hilaire-le-Grand de Poitiers, et du fait qu'il l'appelle « herus meus » (« mon seigneur »). Mais l'argument paraît faible.
Références
cite-note-11. ↑ « Sed recolens quod non opibus neque sanguine fretus/ Conscendi cathedram, pauper de sorde levatus,/ Arbitror hoc a te factum sicut tuus est mos,/ Nec mutare locum, nisi significaris, ausim » ; et dans un autre : « Te de pauperibus natum suscepit alendum/ Christus, et immeritum sic enutrivit et auxit/ Ut collata tibi miretur munera mundus./ Nam puero faciles providit adesse magistros,/ Et juvenem perduxit adhuc ut episcopus esses [...] ». Ce dernier vers précise donc qu'il était encore jeune quand il devint évêque en 1006.
cite-note-22. ↑ En rapprochant deux passages d'une lettre (Domino suo Einhardo) : « [...] hæsitare diutius cœpi, an mihi adhuc codicem illum unum haberem quem a natali patria inter ceteros devexeram, in quo ejusmodi exemplaria continebantur » ; et à la fin de la lettre « [...] Hæc pauca [...] ad præsens sufficiant, dum ego codicem de ejusmodi exemplaribus a Romano scrinio prolatum perlegam ». Le livre en question est donc dit à la fois « a natali patria » et « a Romano scrinio ».
cite-note-43. ↑ Jean-Noël Mathieu, « Les relations de l'évêque Fulbert de Chartres avec le lignage des comtes de Roucy », Bulletin de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, n° 94, 2007, p. 47-52.
cite-note-54. ↑ Selon Pierre Riché, historien, professeur émérite de l'université de Paris X Nanterre, « il n'a certainement pas été l'élève de Gerbert de Reims comme on le prétendait autrefois. »
cite-note-65. ↑ Adelman de Liège donne une liste de disciples dans son poème Rhythmi alphabetici, mais il en a fait deux versions à quinze ans d'intervalle (1033 et 1048), avec en partie des noms différents.
cite-note-76. ↑ Les Liens féodaux vassaliques entre Fulbert et Renaud sur le site Sources Médiévales
cite-note-87. ↑ Sur l'histoire du culte de Fulbert, voir aussi Edina Bozoky. Le culte de sainteté de Fulbert de Chartres. Michel Rouche. Actes du colloque, oct 2006, Chartres, France. Presses Universitaires de Paris Sorbonne, p. 173-187, 2008, Cultures et Civilisations médiévales ; 43. 〈hal-00343374〉et surtout Margot Fassler, "Fulbert après Fulbert. Le mythe d'un évêque de Chartres" dans Fulbert de Chartres, dir. M. Rouche, Presses universitaires Paris Sorbonnes, 2008, p. 103 sqq.
cite-note-98. ↑ Voir par exemple le manuscrit Dijon, Bibliothèque municipale, ms. 30, f. 131r : "Oratio domni Fulberti episcopi Karnotensis...".
cite-note-109. ↑ 1842Almanach du Diocèse de Paris : 1842-1843, 1842, 196 p. (lire en ligne), p. 6. Almanach du diocèse de Paris 1842-1843, p. 12
cite-note-1110. ↑ « Représentations de Fulbert dans la cathédrale de Chartres. »(Archive.org • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?) sur cathedrale-chartres.fr.
cite-note-1211. ↑ (en) « Martyrologium romanum : Catholic Church : Free Download, Borrow, and Streaming : Internet Archive », sur Internet Archive (consulté le 2 avril 2021).
cite-note-1312. ↑ Processionnal à l'usage des églises du diocèse de Chartres, suivant le nouveau bréviaire..., Chartres, 1788, p. 378.
cite-note-1413. ↑ « Thèmes - Fulbert - Crypte - Chapelle de Fulbert »(Archive.org • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?), sur cathedrale-chartres.fr (consulté le 2 avril 2021).
cite-note-1514. ↑ palissypm28000807« 4 verrières (verrière figurée, grisaille décorative) : réconciliation entre Dieu et les hommes (la), vie de saint Fulbert (la), ornementation (baies 31, 32, 33 et 34) », notice no PM28000807, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture
cite-note-1615. ↑ b-guin2024claire-b-guin2024Claire Béguin, « François Lorin magnifie la vie de Fulbert à Notre-Dame de Chartres », sur L'Écho républicain, 14 août 2024.
cite-note-1716. ↑ Il est mentionné par Xavier Lecoeur dans la revue "Prions en Église" n°352 d'avril 2016 (page 6).
cite-note-181. palissyim28000412« Ensemble des 16 statues des contreforts du Tour du chœur : Dieu le Père, Évêques de Chartres », notice no IM28000412, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture.
cite-note-pm28000147-1918. palissypm28000147« Plaque commémorative », notice no PM28000147, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Palissy, ministère français de la Culture.
Voir aussi
Wikisource
• (la) Fulbertus Carnotensis
• De Luscinia
• Chorus Novae Hierusalem
• (en) Fulbert of Chartres
• Chorus Novæ Jerusalem (en)
• Cum telluris vere novo (en)
Bibliographie
• Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, vol. 1, Ch. Delagrave, 1878, p. 1118
• merletclerval1893ren-merletabb-clerval1893René Merlet et abbé Clerval, Un manuscrit chartrain du XIe siècle. Fulbert, évêque de Chartres, Chartres, imprimerie Garnier, 1893, 294 p. (lire en ligne)
• Claude Genin, Fulbert de Chartres (vers 970-1028) : une grande figure de l'Occident chrétien au temps de l'an mil, Société archéologique d'Eure-et-Loir, 2003.
Articles connexes
Liens externes
• arch-ologique-d-eure-et-loir2006soci-t-arch-ologique-d-eure-et-loir2006Société archéologique d'Eure-et-Loir - Cl. Genin, présentation générale, J. Clément, introductions, Pierre Riché et Gilbert Dahan, table de concordance avec les éditions latines et anglaise, Fulbert de Chartres, Œuvres, Correspondance, Controverse, Poésie, Chartres, SAEL, 2006, 600 p. (ISBN 2-905866-48-9, présentation en ligne) ;
• Michel Rouche (dir.), Fulbert de Chartres. Précurseur de l’Europe médiévale ?, présentation en ligne, Paris, PUPS, 2008 ;
• arch-ologique-d-eure-et-loir2011soci-t-arch-ologique-d-eure-et-loir2011Société archéologique d'Eure-et-Loir, Index Œuvres Fulbert, Correspondance, Controverse, Poésie, Chartres, SAEL, 2011, 20 p. (ISBN 2-905866-58-6, présentation en ligne) ;
• Saint-Fulbert sur le site Nominis ;
• (en) Lettres et poèmes de Saint Fulbert Oxford Medieval Texts, 1976, présentation en ligne ;
• (en) Fulbert dans Catholic encyclopedia, 2023.
Bases de données et dictionnaires
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